Thomas P.

medium_Thomas_P..jpgToutes ces portes! Cela relève de la pathologie. Ce ne peut être qu'un portier ou un pervers, dîtes-vous? Mais qui est-il, ce moi qui se cherche dans les portes ?

 

Version précision

Non, ce n'est pas une collection et je ne prétends aucunement avoir à m'en expliquer. Mais puisque la question vient souvent ou plutôt la qualification hasardeuse, vous trouverez une explication sur tous les items qui suivent qui prouvent que ce n'est absolument pas une collection.

Version historique:

J'avais sept ou huit ans quand je me suis pris un portail dans le front (cicatrice en attestant). Qui sait si ce fut ce jour qu'advint la première punition à mon terrible penchant envers tout ce qui s'ouvre, ou si le choc de cette fin de matinée m'y entra cette folie pour toujours ?

Version dédicace:

A tout ce qui s'ouvre, mais aussi, se ferme; à tous ceux qui, incompris, s'enferment.

Version militante:

Oubliez l'hygiénisme des portes en alu. La disparition progressive des portes en bois traduit l'obsession des coins carrés et de la propreté douteuse. Vous allez-dire que j'exagère mais si vous ne développez pas votre capacité à être choqué sur un tel sujet, demain (liste en voie d'extension, j'ai plein d'exemples):
- il vous paraîtra logique et désirable de remplacer les yeux de votre compagne/on par deux webcams,
- vous affirmerez sans sourciller que Disneyland est le pays d'origine des châteaux forts,
- et que peut-être il faut supprimer de la face de la terre tous les gens qui se permettent de réfléchir sous prétexte qu'ils ne sont pas pratiques.

Version militante plus sérieuse:

Les portes sont sur le chemin d'une rencontre violente entre l'hygiénisme et le totalitarisme, ces deux plaies immondes. Un documentaire diffusé par Arte en2005 (je crois que c'est celui-là) le mettait d'ailleurs très bien en évidence.

Lieu de souillure (le paillasson), d'usure, s'ouvrant parfois sur de bien mauvaises intentions, elles sont souvent victimes d'un besoin de nettoyage, d'apparence lisse, moderne, rassurante, véhiculant une certaine image de son propriétaire auprès des autres ou simplement auprès de lui même; on change de porte et de fenêtre comme on change de pneu ou de slip, même si ça n'a pas de sens.

De même, elles sont exposées au totalitarisme. La porte est le rempart d'une intimité; Big Brother voudrait la percer. A 6 heures, vu que laitier ne sonne pas, on s'inquiète de celui qui y frappe...

Version curieuse:

Il y a beaucoup de choses à voir dans le monde. Parfois, on va si loin (et on ne voit rien).; parfois on vaque si près (et on ne voit rien non plus). Derrière chaque porte, après chaque pas, unehumanité attend, prospère,espère ou se meurt.

Un défilé de portes, il faut bien en laisser quelques unes de fermées, le temps manque; un défilé de portes, c'est le deuil du savoir universel; un défilé de portes, c'est la possibilité inouie de choisir de se compléter, de s'arrêter et de repartir, et entre temps, d'aimer.

Version sensuelle:

Immédiatement après ces choses si pesantes, il faut zapper vers du positif. Une porte, c'est un lieu de passage, de caresse. Un lieu et un prétexte d'interrogation tout à la fois.

Un lieu commun et intime, comme la vie.

Version du temps qui passe:

Pourquoi une porte tous les soirs, à 21h00 ? Parce que c'est l'heure. Vous avez travaillé, fait les courses, dis bonjour à la dame, réussi à vous descotcher de la télé... à cette heure-là, c'est l'heure d'ouvrir la porte de derrière.

En même temps, vous allez dire que ce n'est pas très cohérent : je dis "midi à sa porte" pour tout publier à "vingt et une heure". La logique est pourtant imparable : 12h étant l'inverse de 21h, c'est une façon de dire que midi est à toutes les portes du monde. C'est un peu tiré par les cheveux, mais dans ma tête c'est plus vite dit et ça me contente pas mal.

Version "Je favorise la liberté d'expression":

Pour finir, en fait une question: la fréquentation de ce blog est très impressionnante à mes yeux.. mais pourquoi cette faible propension à émettre des commentaires ?

Je vous montre une porte; pourquoi donc l'ouvrez-vous sans rien dire ?

Thomas P.